Article Credal juin 2018 : « Des citoyens réinvestissent leur village »

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DES CITOYENS RÉINVESTISSENT LEUR VILLAGE

Ethic et Toit

Dans le joli village de Paliseul, le bâtiment de la poste se languissait d’une nouvelle vie. Des citoyens ont décidé d’offrir aux villageois une belle occasion de se réapproprier leur espace commun. C’est le premier projet d’Ethic et Toit, une coopérative à finalité sociale née de l’envie – ou davantage encore du besoin – de proposer des alternatives sociales et collectives pour redynamiser la région.

A l’origine de la coopérative Ethic et Toit, il y a les belles expériences de Prométhique, une coopérative de finance solidaire qui développe des projets immobiliers dans la région de Saint-Hubert. « On a découvert qu’il était possible de réaliser  de belles choses de manière indépendante avec l’argent citoyen. On a donc décidé de reproduire le modèle et on a créé Ethic et Toit dans la région de Paliseul, où j’habite »explique Christine Geslée, administratrice des deux coopératives.

Objectif ? Grâce à l’épargne citoyenne, utiliser l’immobilier pour injecter de nouveaux projets choisis par les  citoyens,  pour les citoyens. Premier projet ? La poste de Paliseul dont le bâtiment, laissé pour vide, dépérissait au beau milieu du village. « La coopérative a acquis le bâtiment de la poste et, nous avons invité les villageois à venir exprimer leurs besoins. » De ces discussions émerge l’absence d’un lieu de convivialité que déplorent les villageois. Dans le village, il y a bien quelques bistrots mais aucun endroit où se rendre en famille. Un projet de lieu de rencontre se dessine.

« Le village était également inquiet pour ses personnes âgées, bien souvent isolées » explique Christine. Or le déménage-ment de l’épicerie du village à deux kilomètres de là a rendu difficile l’approvisionnement des personnes les moins mobiles. Le groupe de citoyens commence dès lors à réfléchir à instaler dans l’ancienne poste un point relais épicerie. « Ce projet correspondait aux convictions portées par la coopérative de consommation durable et de marchés. Mais nous étions également habités par l’envie de rendre ces produits de qualité accessible à tous. »

L’enjeu est de taille et pas facile à résoudre, tout en gardant une juste rétribution des producteurs et la qualité des produits. Le village se lance alors dans une réflexion engagée sur une autre façon de faire du commerce. « Il nous fallait sortir de l’économie de marché et de l’équation ‘vendre ce qui se vend le mieux et le plus cher possible, pour se faire la plus grande marge possible. » Pour son point épicerie, Ethic et Toit étudie un modèle pas commun: une cotisation mensuelle permettra de couvrir les charges et les frais de personnel et, par conséquent, de réduire la marge et donc les prix.

Si dans les anciens bureaux de poste, les travaux ont déjà commencé, les idées pour l’habiter ne manquent pas et continuent de susciter une belle réflexion citoyenne sur le vivre ensemble et l’émergence de nouvelles façons de l’organiser. Pour Christine, le changement d’échelle est déterminant : « Ce qui est important, c’est de laisser parler le terrain, les gens s’approprier le projet. L’outil doit rester à la mesure des personnes qui doivent s’en servir. » Pour financer l’achat et la transformation du bâtiment, la coopérative a pu compter sur ses coopérateurs, au rang desquels Crédal qui est entré dans son capital, sur un financement public et sur un prêt accordé par Crédal. Ici aussi, il s’agit de rester cohérent et dans une relation de proximité : « Crédal était un choix évident : c’est l’argent des citoyens qui sert à financer les projets des citoyens. »

 

Propos recueillis par Anne-Catherine DE NEVE
Chargée de communication

 

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